Gare à la perte d’appétit ! La dénutrition, une pathologie sérieuse qui passe parfois inaperçue. Entretien avec une experte en nutrition.

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Si à l’adolescence on mange parfois comme dix, au-delà de 60 ans, on a  plutôt tendance à perdre l’appétit. Les besoins nutritionnels sont pourtant tout aussi importants. La dénutrition, qui peut s’accompagner de conséquences graves, peut vite survenir à un âge avancé. Comment adapter son alimentation pour vieillir en bonne santé  ?  Comment détecter, accompagner et prévenir la dénutrition chez son proche âgé ? Entretien avec Sarah Zerrouki Oullaf, diététicienne-nutritionniste à Roubaix.

Comment définit-on la dénutrition  ?

Pour faire simple, la dénutrition est un état pathologique où les apports alimentaires sont insuffisants par rapports aux besoins de l’organisme.

Qui peut être concerné ?

Tous les âges sont concernés, que l’on soit enfant, adulte ou senior, on peut même être obèse et dénutri. Généralement, les personnes concernées sont souvent porteuses de certaines maladies comme les cancers, des maladies où on retrouve une inflammation du tube digestif comme la maladie de Crohn, la mucoviscidose, ou encore des personnes âgées atteintes de l’Alzheimer.

Pourquoi les personnes âgées âgées sont-elles particulièrement touchées ?

Il y a diverses causes, qu’elles soient d’ailleurs reliées à l’Alzheimer ou non. Elles peuvent être buccodentaires, ce peut être des problèmes de mastication, de déglutition, mais également d’isolement : à partir du moment où on est isolé, que l’on ne bénéficie pas d’aide extérieure, on peut avoir des difficultés à faire ses courses où à se préparer à manger. Il arrive aussi que ce soit la conséquence de difficultés financières ou la prise de médicaments qui peuvent altérer le goût. Chez la personne âgée, la perte d’appétit – qui est le résultat du vieillissement cellulaire – peut également être un facteur de dénutrition.

En recevez-vous dans votre cabinet ?

Ce n’est pas ma principale clientèle, peut-être à cause d’un manque d’information. On a l’image d’une profession qui aide les personnes à perdre du poids et qui n’en fait pas prendre ! Peut-être aussi parce que les consultations diététiques ne sont pas prises en charge par la Sécurité sociale et que les personnes âgées ont parfois de faibles moyens ; on espère que cela se fera un jour comme c’est le cas désormais pour les psychologues ! On peut noter aussi le manque d’information au sein du milieu médical et paramédical : entre professionnels de santé, on ne s’informe pas assez entre nous, et on ne redirige pas assez vers nous, malheureusement.

Quels sont les signes d’une dénutrition ?

On peut reconnaître qu’une personne âgée est dénutrie si elle présente une perte de poids très importante sur une période très courte, une perte d’appétit, une consommation alimentaire  qui a réduit de près de 50% ou plus.  On peut le remarquer aussi dans sa force : une grande perte de force peut provoquer des chutes. Si la personne a des infections un peu plus récurrentes, c’est aussi un signe de dénutrition.

Quels sont les risques en cas de non prise en charge ?

Les risques sont multiples : on peut souffrir de sarcopénie (une fonte musculaire, ndlr), on peut avoir un risque d’infection accru à cause d’une baisse du système immunitaire étant donné qu’on n’apporte pas assez de protéines et d’énergie au corps, une grosse fatigue, un risque de chute beaucoup plus important et également une diminution de la qualité de vie puisque l’on peut créer une dépendance vis-à-vis de quelqu’un.

La surveillance doit d’abord être effectuée par les patients eux-mêmes, la famille proche et tous les professionnels de santé environnants. Le médecin généraliste est la personne qu’on voit le plus souvent, il va pouvoir alerter et orienter vers d’autres professionnels. En ville, 4 à 10% des personnes âgées vivent à leur domicile, il leur est recommandé de voir le médecin au moins une fois par mois, et de consulter régulièrement le dentiste  qui va veiller à une bonne santé bucco-dentaire. Dans le cadre de notre profession, on va vous peser, vérifier l’appétit, évaluer les apports alimentaires journaliers, voir si vous mangez suffisamment, et évaluer votre force musculaire à l’aide de tests.

La détection de la dénutrition peut se faire entre autres par une prise de sang : si le taux d’albumine est insuffisant, cela peut être un critère de dénutrition. Lorsque la dénutrition est avérée, on l’oriente vers un mode alimentaire adapté qui va se baser sur un enrichissement de l’alimentation personnalisé, et avec l’accord du médecin traitant nous pourrons mettre en place des compléments nutritionnels oraux suivant les goûts du patient âgé. Dans les cas les plus graves, si la dénutrition est vraiment importante et que la personne a du mal à se réalimenter correctement, le médecin orientera vers une hospitalisation pour une nutrition artificielle : le médecin (gastro-entérologue, ndlr) lui placera une poche contenant une solution nutritive qui passera soit directement dans le sang soit par une sonde naso-gastrique.

Quels conseils de prévention donnez-vous aux personnes âgées qui nous lisent ou à leur famille ? Une personne âgée en Ehpad* ou hospitalisée est souvent vite repérée lorsqu’elle présente des signes de dénutrition, ce qui n’est pas le cas pour les personnes âgées vivant à domicile …

Pour éviter la dénutrition et maintenir l’appétit, on peut fractionner les repas, comme on peut également conserver la même assiette mais en apportant une alimentation aux quantités caloriques supérieures, qui peuvent doubler voire tripler en fonction de ce qu’on choisi d’y mettre. Le vieillissement cellulaire provoque souvent une altération du goût, c’est un phénomène tout à fait naturel.  En règle générale, pour aider à retrouver l’appétit, il faut favoriser surtout les aliments que la personne aime le plus manger.

Lorsqu’un diététicien-nutritionniste intervient pour de la prévention ou du suivi, son rôle est de veiller à ce que l’état nutritionnel redevienne optimal. On le pèse chaque semaine, on lui remet un livret avec des recettes personnalisées et des conseils sur la façon d’intégrer les compléments oraux. Le patient repart donc avec son plan alimentaire et des techniques d’enrichissement des repas. La consultation est vraiment complète.

Enfin, même si vous n’avez pas de personne âgée dans votre entourage, il est toujours bon de faire passer le message, ne sous-estimez pas le pouvoir de la communication !

 

*Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes

Propos recueillis par Leïla D.

 

 


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